Point de vue

Du 05 novembre 2015 au 19 Mars 2016 A perte de repère, le point de vue change …

Le cheminement (physique ou psychique) interroge notre rapport au monde. Il explore, gravite des monts en quête de hauteur pour guetter de nouveaux horizons

Avec sa riche collection dédiée au Pyrénéisme, le Château-Fort / Musée Pyrénéen témoigne de cette aventure de retranscription d’un réel combiné au plaisir impalpable du ressenti. Apparu en 1898 avec Henri Béraldi, le terme de pyrénéisme considère la pratique physique de la montagne comme inséparable de l’émoi culturel conférant ainsi à ce concept une richesse largement supérieure à celle de l'alpinisme, avant tout sportive, tournée vers la performance. Ses fondements se résument en trois actes : ascensionner - sentir – écrire. Il s’agit de traduire par les mots et les images des expériences de découverte des Pyrénées dépassant ainsi la simple approche touristique pour révéler une véritable émotion esthétique de l’exploration.

C’est dans cet interstice, que l’exposition Point de vue creuse son sillon. Elle dessine les contours d’une correspondance entre des œuvres d’art contemporain de la collection du musée des Abattoirs-Frac Pyrénées et le fonds iconographique du musée Pyrénéen. La magie de la contemplation par la création artistique élargie les champs des visions : une mise en regard entre des formes passées et actuelles, entre l’homme et la nature.

Invités à travailler avec les œuvres du musée, l’artiste David Coste sème ici un trouble dans l’excursion des images. Il interroge des espaces-temps intermédiaires, des lieux de recomposition utopique du regard. Une immersion dans des mondes réels et fictionnels se joue du point de vue. Lieu de récit, ses espaces proches d’un décor de cinéma ouvrent de nouvelles brèches entre abris provisoires et territoires architecturaux en mutation. L’artiste entame une conversation altérant la temporalité des œuvres. Un rideau imprimé d’un paysage montagnard en vis à vis d’une peinture hyperréaliste de Jules-Bertrand Gélibert de 1899 plante un décor quasi naturel, des croquis scientifiques de Louis Ramond de Carbonnières de 1808 répondent à une série de dessin architecturaux. Ces ensembles révèlent des espaces d’histoires qui jouent de la non-réalité sans jamais la poser comme telle. Le chassé croisé formes visuelles prime , entre images créées, empruntées dans des archives et modifiées.

leurs circulation dans l’espace d’exposition désaccorde nos certitudes visuelles. Les collections du XVIII, XIXème et XXème s’hybrident.

Les clichés de Georges Ledormeur et de Lucien Briet extraits des réserves du musée désaxent le regard. Elles s’éloignent de la lecture documentaire pour tendre vers une narration plastique : l’image existe par elle même. L’accident du procédé photographique apparaît comme une ouverture à l’esthétique.

Leurs « réactivation » par l’union des œuvres repositionne l’espace même de notre environnement. Ainsi, la sculpture « pour N » de Julien Pastor repense l’abri du pâtre (la caselle) dans un champs plus intérieur. Le refuge se transforme en sphère architecturale : une archéologie de l’abri (dédiée au grand physicien Iasac Newton). La cabane de montagne devient matière minérale indissociable d’un panorama naturel. Témoin du refuge humain il transite entre les sommets et les hommes.

Cette filiation à la montagne manifeste une incessante volonté de capturer ou plonger le regard au cœur de la perception quitte à le duper. Les photographies de Maxwell-Lyte du 19ème siècle révèlent de cette tromperie visuelle. En inventant une méthode pour insérer dans une photographie de paysage un ciel rapporté ou des nuages, afin de pallier aux problèmes de sensibilité des plaques au collodion, ce pyrénéiste photographe produit une ligne d'horizon dure et « d'un effet faux *» fidèle néanmoins aux lumières des sommets.

En écho à ces images, les dessins photographiques de l’artiste contemporain Dove Allouche change nos échelles paysagères. Surplomb 1.1 et 1.2, sont inspirés de la chute du Salto Angel, au Sud du Venezuela. Afin de cadrer l’aplomb de la chute, ce dernier a effectué plusieurs vols selon des trajectoires différentes et a photographié au moteur, à la vitesse de trois image par seconde la partie supérieure de la chute d’eau. Du cadrage extrêmement serré et aérien ne subsiste que l’écume bouillonnante, où la part de vide donne désormais l’illusion d’une montée vaporeuse vers le ciel.

Des nuages aux rochers, les passages flottent. Au premier étage, la vidéo Devonian Levels de Fleur Noguera s’empare de l’espace d’exposition. À la manière d’une exploratrice, l’artiste rapporte d’un séjour en Argentine un exercice cinématographique composé d’une succession de plans en contre plongée, gros plans et vues panoramiques évoquant une nouvelle géographie. Le film sous des allures d’archives offre un montage sans effets, une transition par la couleur et la lumière, une véritable logique réinventée oscillant entre science naturelle et projet d’excursion géologique.

L’exposition Point de vue se révèle des œuvres telle une expédition utopique avec pour fond acoustique une phrase extraite du journal intime d’ Henri Frédéric Amiel « Gardons nous de nous laisser fasciner par un seul point de vue »

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